Vestige culturel

Vestige culturel, le corps et la culture subissent les mêmes blessures

Le message porté par cette sculpture faite pendant le premier confinement va nous accompagner encore un moment. Plus que de représenter le fait de ne pas se déplacer de ne pas faire et de ne pas décider, au delà des restrictions sur nos personnes, il existe une souffrance concrète dans le corps des gens. Ce vide que j’avais creusé pour y laisser respirer l’espoir est demeuré vide, l’attente continue. Le corps et la culture subissent les mêmes blessures, si la famille est ce qui nous lie par le sang la culture est ce qui nous lie par tout le reste.

Etude anatomique de la main DM

J’aimerais dire que cette main est inspirée d’un conte fantastique de Maupassant mais c’est juste une étude anatomique de la main de mon fils. La recherche de vérité dans les proportions et dans les particularité anatomiques a pour effet de rendre l’expérience angoissante. Plus la main de terre ressemble à la main de chair plus le concept « mon fils » change de « consistance », c’est angoissant. L’effet est encore pire dans la réalisation d’un portrait, que ce soit celui de mon fils ou plus récent de ma fille, l’ambiguïté ou la dualité entre la satisfaction d’avoir réalisé un travail bien fait et ressemblant et l’idée d’immortalité de la matière qui au delà de la photographie fixe le moment dans une dimension supérieure, porte à un sentiment de rupture de la notion du temps. Quand on commence un tel travail, si on sait évaluer les difficultés techniques et artistiques et on s’attache à bien affronter chacune d’entre elles, la dimension intime vis à vis de la chair de ma chair que je transforme en terre est une difficulté inattendue douloureuse et merveilleuse.

Manifesto

Projetée pendant le lockdown COVID19 pour le cours de sculpture online, cette figure est la manifestation de l’état de mon âme quand je ne peux ni faire ni aller ni décider.
L’absence de membre et de la tête laisse suggère une ruine retrouvée partielle dans un chantier archéologique, comme si nos libertés y étaient enfouies le temps du passage de virus qui aurait eu l’effet d’une tornade dévastatrice. Les fissures dans la terre de ce corps signent la fragilité de nos libertés la fragilité de la vie même:
« rendre visible la blessure intérieure de l’âme ».
Le vide intérieur fait place au souffle d’espérance qui nous anime.
Dans ce projet je fais référence aux manifestants qui écrivent le slogan sur leur propre corps pour attirer l’attention, les blessures les cassures de la sculptures représentent dans ce cas les coups portés ou la censure.
Une autre référence est celle à la Venus de Milo, dont je reprends la posture dans une forme libérée et plus charnelle. Le message dans cette ressemblance est celui de l’image que l’on nous impose comme modèle, image cassée brisée fendue car ce qui compte c’est ce qu’il y a à l’intérieur et nous ne sommes décidément pas faites toutes dans le même moule.
Mon cri à travers ce manifeste est limpide, il devait juste prendre forme. J’ai donc présenté ce projet dessiné avec le « bozzetto » pour les examens de passage avec les relations des précédentes sculptures que vous avez pu voir ici au cours du premier semestre et qui sont publiés dans cette rubrique de blog dédiée à l’Accademia.
Dans cet article j’ai publié plusieurs croquis de base jusqu’au dessin complet du concept et les photos de la réalisation du modèle en argile. La sculpture de taille humaine n’est pas faite et l’idée demeure sous forme de « bozzetto » c’est à dire de projet dont la partie en argile est à cuire pour ne pas la perdre. En début d’année j’avais commencé à projeter une version de l’albatros dont le « bozzetto » est fait, projet remplacé par celui ci plus urgent à explorer, plus necessaire.
À l’approche de la rentrée alors que nous pouvons enfin espérer retrouver les atelier et relever de nouveaux défis j’ai une pensée pour ceux qui n’ont pas eu autant de chance et je continue mon chemin.

essai solitaire