Giro al Pitti, Firenze

Encore une belle journée. Avant la rentrée et avant d’être débordée je profite du beau temps pour découvrir ce que je devais visiter le semestre précédent. L’effet surréaliste des masques est atténué, c’est moche mais au moins on vit. Je transpire dans le mien, traverser la ville depuis la gare par le Ponte Vecchio puis monter les marches du musée dans l’immense palais Pitti, c’est du sport. Les gens, finalement présents et aux langages variés, avec leurs masques ne choquent plus dans le décor, on s’habitue à cette forme de vie au provisoire qui dure. Puis devant les collections le reste n’a plus d’importance, Canova Ciseri Boldini Fattori Rosso Raffaello et marbres antiques nous remplissent l’esprit et je dois m’asseoir un peu devant certaines pièces qui méritent l’instant de vie que je leur dédie, c’est trop beau. Pendant que je suis assise devant un Raffaello, je vois passer des couples qui déambulent sans même regarder les merveilles sur les murs, ils semblent éblouis par l’or des moulures et des cadres plus que par les œuvres elles mêmes. Dans le fond je les comprends, la profusion d’oeuvres a quelque chose d’enivrant et on marche entre ces murs comme on danse sur une valse, le plus important pour eux est d’y valser ensemble. Moi je ne sais plus, je sors de là étourdie et je me demande si c’est vrai ce que j’ai vu ou si je l’ai rêvé, je repars par le Ponte Vecchio un regard Piazza della Signoria un autre sur le Duomo et je trace vers la gare, je reviens bientôt …

raffaello sanzio madonna della seggiola
Canova, Venere
Ciseri Ecce Uomo
Ottavio Vannini, il Magnifico incontra Michelangelo che gli mostra la testa di un fauno, 1638-1642. Affresco. Firenze, Palazzo Pitti
Canova e il corso
Menardo Rossi, ragazza che ride
Alimondo Ciampi
Giovani Boldini
Vittorio Matteo Corcos
Palazzo Pitti, Firenze
Cortile Palazzo Pitti e giardino Boboli
Grotta del Buontalenti, giardino Boboli del Palazzo Pitti, Firenze.
Città di Firenze dal Boboli

Maestro

Bientôt la rentrée, après les quelques examens de septembre ça repart, et cette fois ci j’espère sans interruption car si certains cours théoriques peuvent se suivre par internet, rien ne peut se substituer à l’atelier ni à l’ambiance animée de ces vies en communion que sont les élèves qui échangent discutent et confrontent des idées. L’importance du Maestro pour les élèves est fondamentale et certains professeurs donnent tant de vérité à leur cours qu’ils nous marquent profondément au delà des années de classe. Jacques Very m’avait dit il y a bien longtemps : « Ah Cathy si les p’tits cochons ne te mangent pas on fera quelque chose de toi » cela résume bien des choses mais ce que je retiens de ses cours d’Arts Plastiques au Lycée est immense. En 1989 il nous avait portés en Italie et, de musée en ville d’art, nous avait fait découvrir Della Francesca Fra Angelico Donatello Michelangelo et cetera jusqu’aux temples antiques les plus beaux. L’initiation au beau par le voyage. Trente ans plus tard j’en reprenais le cours et lui écrivais pour lui dire simplement merci. Quel bonheur que de continuer d’apprendre, je me demande ce que Stefano Patti nous réserve pour cette deuxième année de sculpture, sans oublier toutes les autres matières à découvrir! Fille de maître d’école je pense à celui qui aujourd’hui absent m’a enseigné tant de choses, de la grammaire aux tables jusqu’à la patience de voir apparaître le noir sur le papier photo, j’aurais aimé parler avec lui de ce que j’apprends maintenant. Quand le prof m’appelle « Mienville », c’est moi, c’est son nom à lui qui signe mon travail.
Pour me remettre dans le bain avant de retrouver l’ambiance de l’académie, je relis ce texte de Rodin dont voici un extrait. Bonne rentrée à tous!
Extrait du « Testament Artistique » d’Auguste Rodin 1911
 » Jeunes gens qui voulez être officiants de la Beauté, peut-être vous plaira-t-il de trouver ici le résumé d’une longue expérience.
Aimez dévotement les maîtres qui vous précédèrent. Inclinez-vous devant Phidias et devant Michel-Ange. Admirez la divine sérénité de l’un, la farouche angoisse de l’autre. L’admiration est un vin généreux pour les nobles esprits.
Gardez-vous cependant d’imiter vos aînés. En respectant la tradition, sachez discerner ce qu’elle renferme d’éternellement fécond : l’amour de la Nature et la sincérité. Ce sont les deux fortes passions des génies. Tous ont adoré la Nature et jamais ils n’ont menti. Ainsi la tradition vous tend la clef grâce à laquelle vous vous évaderez de la routine. »

Texte intégral sur Wikisource: https://fr.wikisource.org/wiki/Testament_(Rodin)