DAL VERO la deuxième saison est ouverte!

Croquis Mienville de David Michelangelo Florence Septembre 2020

Pour bien commencer cette nouvelle saison d’étude j’ouvre les hostilités avec le plus difficile, David est la sculture la plus difficile à traduire en dessin pour moi, ses proportions sont des pièges sa dimension est plus grande de ce à quoi notre regard est habitué et on se sent si rien du tout à côté que d’oser toucher le crayon est un défi. J’ai raté je ne sais combien de dessin dans cette salle, mais je reviens toujours à l’exercice.

22 Octobre. Bon sang cet article est déjà périmé avant même d’avoir été publié! Il date de septembre et encore l’espoir était grand. Maintenant que la rentrée scolaire à l’Accademia est reportée à mi novembre, ce dessin n’est plus du tout « contemporain » il porte le souvenir d’un état d’esprit serein et plein de joie qui appartient au passé. Reste à espérer que ça ne dure pas et qu’on puisse véritablement ouvrir la saison d’étude DAL VERO et DAL VIVO et non pas seulement DAL VIRTUALE.

Manifesto

Projetée pendant le lockdown COVID19 pour le cours de sculpture online, cette figure est la manifestation de l’état de mon âme quand je ne peux ni faire ni aller ni décider.
L’absence de membre et de la tête laisse suggère une ruine retrouvée partielle dans un chantier archéologique, comme si nos libertés y étaient enfouies le temps du passage de virus qui aurait eu l’effet d’une tornade dévastatrice. Les fissures dans la terre de ce corps signent la fragilité de nos libertés la fragilité de la vie même:
« rendre visible la blessure intérieure de l’âme ».
Le vide intérieur fait place au souffle d’espérance qui nous anime.
Dans ce projet je fais référence aux manifestants qui écrivent le slogan sur leur propre corps pour attirer l’attention, les blessures les cassures de la sculptures représentent dans ce cas les coups portés ou la censure.
Une autre référence est celle à la Venus de Milo, dont je reprends la posture dans une forme libérée et plus charnelle. Le message dans cette ressemblance est celui de l’image que l’on nous impose comme modèle, image cassée brisée fendue car ce qui compte c’est ce qu’il y a à l’intérieur et nous ne sommes décidément pas faites toutes dans le même moule.
Mon cri à travers ce manifeste est limpide, il devait juste prendre forme. J’ai donc présenté ce projet dessiné avec le « bozzetto » pour les examens de passage avec les relations des précédentes sculptures que vous avez pu voir ici au cours du premier semestre et qui sont publiés dans cette rubrique de blog dédiée à l’Accademia.
Dans cet article j’ai publié plusieurs croquis de base jusqu’au dessin complet du concept et les photos de la réalisation du modèle en argile. La sculpture de taille humaine n’est pas faite et l’idée demeure sous forme de « bozzetto » c’est à dire de projet dont la partie en argile est à cuire pour ne pas la perdre. En début d’année j’avais commencé à projeter une version de l’albatros dont le « bozzetto » est fait, projet remplacé par celui ci plus urgent à explorer, plus necessaire.
À l’approche de la rentrée alors que nous pouvons enfin espérer retrouver les atelier et relever de nouveaux défis j’ai une pensée pour ceux qui n’ont pas eu autant de chance et je continue mon chemin.

essai solitaire

Maestro

Bientôt la rentrée, après les quelques examens de septembre ça repart, et cette fois ci j’espère sans interruption car si certains cours théoriques peuvent se suivre par internet, rien ne peut se substituer à l’atelier ni à l’ambiance animée de ces vies en communion que sont les élèves qui échangent discutent et confrontent des idées. L’importance du Maestro pour les élèves est fondamentale et certains professeurs donnent tant de vérité à leur cours qu’ils nous marquent profondément au delà des années de classe. Jacques Very m’avait dit il y a bien longtemps : « Ah Cathy si les p’tits cochons ne te mangent pas on fera quelque chose de toi » cela résume bien des choses mais ce que je retiens de ses cours d’Arts Plastiques au Lycée est immense. En 1989 il nous avait portés en Italie et, de musée en ville d’art, nous avait fait découvrir Della Francesca Fra Angelico Donatello Michelangelo et cetera jusqu’aux temples antiques les plus beaux. L’initiation au beau par le voyage. Trente ans plus tard j’en reprenais le cours et lui écrivais pour lui dire simplement merci. Quel bonheur que de continuer d’apprendre, je me demande ce que Stefano Patti nous réserve pour cette deuxième année de sculpture, sans oublier toutes les autres matières à découvrir! Fille de maître d’école je pense à celui qui aujourd’hui absent m’a enseigné tant de choses, de la grammaire aux tables jusqu’à la patience de voir apparaître le noir sur le papier photo, j’aurais aimé parler avec lui de ce que j’apprends maintenant. Quand le prof m’appelle « Mienville », c’est moi, c’est son nom à lui qui signe mon travail.
Pour me remettre dans le bain avant de retrouver l’ambiance de l’académie, je relis ce texte de Rodin dont voici un extrait. Bonne rentrée à tous!
Extrait du « Testament Artistique » d’Auguste Rodin 1911
 » Jeunes gens qui voulez être officiants de la Beauté, peut-être vous plaira-t-il de trouver ici le résumé d’une longue expérience.
Aimez dévotement les maîtres qui vous précédèrent. Inclinez-vous devant Phidias et devant Michel-Ange. Admirez la divine sérénité de l’un, la farouche angoisse de l’autre. L’admiration est un vin généreux pour les nobles esprits.
Gardez-vous cependant d’imiter vos aînés. En respectant la tradition, sachez discerner ce qu’elle renferme d’éternellement fécond : l’amour de la Nature et la sincérité. Ce sont les deux fortes passions des génies. Tous ont adoré la Nature et jamais ils n’ont menti. Ainsi la tradition vous tend la clef grâce à laquelle vous vous évaderez de la routine. »

Texte intégral sur Wikisource: https://fr.wikisource.org/wiki/Testament_(Rodin)